Frédérique Gaillard

©Gaël Dupret, France, Toulouse le 06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse. Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse
©Gaël Dupret, Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse.

Je suis Frédérique Gaillard, responsable de la photothèque du Muséum de Toulouse et chargée d’enseignement supérieur aux universités Jean Jaurès et Paul Sabatier à Toulouse en image et en organisation de photothèque. Je suis aussi formatrice et conférencière.

Après un BAC Littéraire option cinéma – audiovisuel au lycée des Arènes à Toulouse, j’ai suivi un cursus en arts appliqués à l’université. J’ai fait un Master Professionnel Archives et Image afin de me recentrer sur les problématiques de conservation, valorisation et gestion de bases de données de collections photographiques. Dans le cadre d’un stage de fin d’études, j’ai participé à la création de la photothèque du nouveau Muséum. Parallèlement à mon activité professionnelle, j’ai fait un Master Recherche consacré au photojournalisme puis un doctorat à Paris 8 sous la direction de François Soulages.

Pourquoi le photojournalisme ?

J’ai toujours été attirée par la photographie de presse. J’ai mené des recherches sur les représentations archétypales dans le photojournalisme sur des images prises sur le vif au cœur des  événements. Je suis partie des photographies primées au World Press Photo. Un photoreporter a d’une seconde pour faire une photographie. C’est à la fois réfléchi et instinctif ! Je trouve cette dimension intéressante. On retrouve cela dans la réception de la communication visuelle1.  On veut un message qui doit être percutant, rapide et qui fait appel à quelque chose d’assez instinctif chez le récepteur. La communication et la publicité s’inspirent de l’art, mais aussi du photojournalisme.

Qu’est-ce qui t’a poussée à faire de la photographie ?

©Gaël Dupret, France, Toulouse le 06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse. Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse
©Gaël Dupret,
Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse.

 

A la maison il y a toujours eu du matériel photo. Ma famille a toujours été passionnée  par la photographie et la pratiquait en amateur. Depuis toute petite c’est l’image qui m’intéresse ! J’ai commencé la photographie à 13 ans et fait ma première exposition à 15. Mes premières photos ont été faites sur des chantiers de constructions. Mon premier boitier était un Nikon Fe. Le dernier travail photo que j’ai réalisé, est sur la prison Saint Michel fermée en 2007 / 2008. Il a été exposé plusieurs fois comme notamment au Brésil à Salvador de Bahia. En 2005, dans le cadre de mes études en arts plastiques j’ai fait plusieurs travaux photographiques consacrés aux sans-abris. Je m’étais inspirée d’un travail d’Anthony Hernandez qui a photographié des lieux habités par des sans-abris autour de Los Angeles.  Son travail a été exposé au Centre National de la Photographie.

Eugène Trutat, le précurseur.

Toulouse a une histoire très forte avec la photographie. Eugène Trutat, le premier conservateur du Muséum était un passionné de photographie. Il l’utilisait dans tous ses projets, lorsqu’il se rendait sur les lieux de fouilles ou dans les Pyrénées. Il a eu un impact énorme sur la mémoire iconographique de la ville de Toulouse. Il a commencé au collodion puis il a mis au point un négatif papier, qu’il a utilisé pour des expéditions. En 1897, il donne les premiers cours de photographie à Toulouse au sein même du Muséum. Pour lui, il était indispensable d’utiliser l’image pour l’enseignement. Au début de la photographie, son enseignement par l’image lui fut reproché, car les appareils de projection appelé aussi « lanterne magique » était utilisée dans les fêtes foraines avant l’existence de la photographie2.

Le début de la photothèque du Muséum

©Gaël Dupret, France, Toulouse le 06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse. Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse
©Gaël Dupret, France, Toulouse le
06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest
Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse.
Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse

La photothèque du Muséum s’est construite autour des fonds photographiques du Muséum et notamment de celui du premier conservateur Eugène Trutat. Il a laissé 15.000 plaques de verre plus d’une quarantaine de formats de plaques : plaques de projection, collodion, gélatino-bromure d’argent, aristotype… Grâce à lui, nous avons la chance de garder trace de la mémoire de Toulouse avant les percées haussmanniennes et des inondations  de  1875. Il a parcouru le sud de la France et ses Pyrénées, l’Algérie, Monaco, une partie de l’Espagne et bien d’autres lieux encore.

Le fonds Eugène Trutat est particulièrement riche. Il fut tellement prolifique que vous pouvez parler des Pyrénées, des métiers, d’architecture, de collections, de fouilles, de sciences… Aujourd’hui, ses photos sont encore très utilisées. Pas seulement pour leur dimension patrimoniale mais aussi pour leur dimension historique. Par exemple, il y a eu récemment un ouvrage sur la cathédrale Sainte-Cécile à Albi, classée patrimoine mondial de l’Unesco en 2010. Les auteurs ont fait tout un travail historique et ont utilisé des photos d’E. Trutat pour la publication. Ses photos sont aussi utilisées par des géologues et des géographes qui étudient l’évolution des paysages, au réchauffement climatique…. Mais aussi par des architectes, pour des choix de restauration de châteaux ou de monuments. Les usages sont variés et inattendus.

La plaque de verre est une source beaucoup plus fiable que la carte postale qui était retouchée et retravaillée. La retouche sur la plaque est très visible, car il s’agit d’un original sur lequel on grattait ou rajoutait des caches en papier.

Combien de photos dans la photothèque ?

Le fonds E. Trutat, c’est 15.000 plaques de verre et quelques centaines de tirages. Il est aussi composé du fonds Roland Napoléon Bonaparte qui était un scientifique et photographe. La photothèque conserve aussi des photos des années 1970-1980-1990, des expositions, des vernissages et des collections. Je fais aussi réaliser des reportages en numérique. On approche les 200 000 documents mais tout n’est pas encore numérisé3.

La numérisation des archives

Pour les photos argentiques, seules celles du 19ème et début 20 ème sont numérisées. Le fonds d’après guerre représente énormément de boîtes de photos, de négatifs, de diapositives…
La photothèque numérise tous ses fonds en interne. Pour les plaques, j’ai utilisé l’EPSON 750, un scanner à plat fait spécialement pour cet usage avec un éclairage adapté aux supports transparents avec des enregistrements en TIFF et Jpeg. D’autres numérisations se font avec un banc de reproduction. Les diapositives et les négatifs seront fait dans un second temps. La quasi-totalité du fonds patrimonial a fait l’objet d’un inventaire règlementaire.

L’inventaire réglementaire ?

L’inventaire est une liste exhaustive des pièces qui composent un fonds ou une collection. L’arrêté du 25 mai 2004 fixant les normes techniques relatives à la tenue de l’inventaire, du registre des biens déposés dans un musée de France et au récolement précise les rubriques réglementaires qui doivent composer une notice d’inventaire, que ce dernier soit manuscrit ou informatisé.

La Photothèque de Toulouse

©Gaël Dupret, France, Toulouse le 06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse. Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse
©Gaël Dupret, France, Toulouse le
06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest
Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse.
Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse

Le grand projet pour 2018 et de repenser la gestion informatique de la photothèque. Aujourd’hui, toutes les métadonnées sont au format IPTC mais cela ne suffit pas. La photothèque est polymorphe et conserve 150 ans de photographies. Les besoins en catalogage et indexation diffèrent en fonction des images et de leur statut. L’organisation d’une photothèque doit se penser dans sa globalité et en tenant compte des particularités des fonds, des publics, des objectifs… La normalisation des pratiques est indispensable. C’est plus facile d’être désorganisé avec le numérique qu’avec l’argentique. Avec l’argentique, l’habitude était prise de mettre les photos ou négatifs dans une boîte sur laquelle était renseignée quelques informations. En numérique un nombre très important de photos est généré. Finalement, on met beaucoup de photos dans un dossier sans forcément les renseignées. Le dossier est virtuel et stocké. Un système de base de données ou DAM (Digital Asset Management, un outil de gestion de photothèque) est indispensable au bon fonctionnement d’une photothèque. Il doit se concevoir comme un réel espace de travail et un lieu d’échange.

L’indexation des photos

C’est la clé pour gérer une photothèque et trouver la bonne photo. Aujourd’hui notre système nous permet de travailler uniquement en IPTC.  La limitation du nombre de caractères dans les champs ne permet pas de faire un travail élaboré : titre, description, mots-clés, informations techniques et juridiques, mentions légales… Les légendes sont uniquement en français avec les noms scientifiques en latin pour les collections.

A partir du moment où vous avez le lieu, la date, les personnes qui sont sur la photo cela permet de les retrouver. L’indexation doit toujours s’adapter à la typologie des fonds et des publics. Une information peut paraître superflue pour certains et indispensable pour d’autres, tout dépend des attentes du public cible.

Qui consulte cette photothèque ?

©Gaël Dupret, France, Toulouse le 06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse. Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse
©Gaël Dupret, France, Toulouse le
06-09-2017 : Lauréate du concours Femmes en Vue 2017 / Winner of Femmes en Vue 2017 contest
Photo : Frédérique GAILLARD, responsable photo et de la photothèque du Muséum de Toulouse.
Frédérique GAILLARD, photo and photography manager of the Museum of Toulouse

Beaucoup de consultations par les services internes : le personnel du Muséum, pour des projets d’expositions ou autres types de projets comme pour parler de l’histoire du Muséum mais aussi des chercheurs, des spécialistes des Pyrénées, des restaurateurs, des historiens qui travaillent sur un bâtiment, un lieu, un village, un secteur de Toulouse…. La presse peut également nous solliciter car nous avons des photos de toutes les expositions, les vernissages, de tous les évènements liés au Muséum. Bien entendu nous respectons le droit d’auteur et tout est encadré par contrat avec les photographes.
Nous avons une convention avec Wikipédia France pour diffuser les photos des collections sur Wikimédia : il a fallu refaire les légendes pour les publier. Wikimédia a permis une visibilité considérable des photos diffusées. Quand dans Google vous tapez « Canal du Midi » vous tombez sur une photo que nous avons postée sur Wikimédia. En quelques mois, une photographie est consultée 70 000 fois. Wikimédia permet de trouver facilement les photos de plus et la notice consacrée à Eugène Trutat renvoie vers le fonds photographique. Il y a aussi une notice qui est consacrée à la photothèque du Muséum qui est très bien détaillée. Elle permet de faire découvrir ce que nous conservons et comment nous travaillons.

Et demain ?

Je continue de donner des conférences sur mes thématiques de recherche et j’interviens comme formatrice sur la conservation des photos et la gestion de photothèque. Je souhaite publier une partie de mes recherches. Je vais chercher un éditeur avec qui on pourrait définir un projet éditorial et ouvrir ma thèse à un public plus large. L’analyse approfondie et singulière des photographies primées au World Press Photo ouvre d’autres perspectives sur l’évolution du photojournalisme. Certaines photographies primées se sont imposées comme des marqueurs temporels historiques et forgent la mémoire collective. Plusieurs facteurs contribuent à développer cette mémoire collective. Se questionner sur l’archétype dans ces photographies, c’est aussi reconsidérer l’image mentale et l’image en tant qu’objet pour mieux discerner ses contours et appréhender ses enjeux. Mes recherches sur le photojournalisme et ses archétypes soulèvent de nombreuses questions qui dépassent le champ du photojournalisme. Mon travail intéresse des professionnels des médias, des photographes ou encore des communicants. les images sont partout, mais comment sont-elles faites et quels sont leurs réels impacts ?

Pour en savoir plus

[1] World Press 2017

[2] Vidéo sur le travail de Frédérique à la photothèque (©Muséum de Toulouse)

Blog de Frédérique Gaillard